Si dorénavant l’utilité de calibrer son écran semble être acquise, on pourrait encore douter du calibrage de l’appareil photo. En effet, nombreux sont ceux qui insistent sur le fait qu’un calibrage ne sera valide que pour les conditions d’éclairage ayant servies à la photo de la mire. Mais dans la plupart des cas, nous pouvons être optimistes quant à la validité du profil : celui-ci sera souvent adapté à d’autres températures de couleur pour peu qu’il ne s’agisse pas de tubes néon et que vous ayez pris le soin d’établir la balance des blancs. Les logiciels d’image de l’éditeur Adobe sont aujourd’hui les plus convoités par les photographes : Camera Raw et Lightroom peuvent s’appuyer sur une simple mire ColorChecker Classic ou MiniColorChecker et un utilitaire gratuitement disponible sur le site Adobelabs (DNG Profile Editor).

Quelle est l’utilité du ColorChecker Passport, nouveaux produit composé de trois mires et d’un étui en matière plastique ? Il est simplement bien plus confortable à utiliser que les mires en carton rigide citées, désormais ringardisées. Plutôt fragiles et assez onéreuses, ces mires sont peu adaptées au reportage à l’extérieur et ne sortent guère des studios de prise de vue. En revanche, ColorChecker Passport semble être paré aux conditions les plus adverses : une coque en plastique rigide protège les mires, respectivement dédiées à la balance des blancs (WhiteBalance Target), au calibrage de l’appareil photo (Classic Target) au contrôle de l’exposition et aux effets créatifs (Creative Enhancement Target).

L’ensemble est assez compact pour se glisser dans un fourre-tout photo (9 × 12,5 cm, les dimensions d’un passeport…) ou dans la poche d’un vêtement et assez léger pour s’y faire oublier. L’étui sert également à positionner et à orienter les mires, il n’est donc plus nécessaire de fixer ces dernières avec des bulles de gomme ou des bouts de scotch et ainsi compromettre leur durée de vie.

Utilisation à partir de Camera Raw

Ouvrez votre image dans Camera Raw, cliquez avec la pipette de balance des blancs (I) sur la deuxième plage neutre en partant de la gauche, puis cliquez sur Enregistrer l’image. A ce stade, la balance des blancs n’est pas indispensable pour obtenir de bons résultats, mais c’est une bonne habitude à prendre. Sélectionnez ensuite le dossier d’enregistrement, puis, sous Format, le format DNG. Faites ensuite glisser le fichier DNG résultant sur la fenêtre du logiciel ColorChecker Passport. Suivant l’inclinaison de la mire ColorChecker et ses proportions dans l’image, le logiciel parvient à la détecter et même à situer automatiquement les quatre coins de la mire. Si jamais il échoue (c’est à dire si l’inclinaison et la taille de la mire dans la photo sont inappropriées) vous pouvez positionner les coins à l’aide des trois boutons situés sur le bord supérieur droit de la fenêtre. Notez que le logiciel donne des explications très détaillées pour chacune des étapes de travail. Nommez le profil, puis enregistrez-le. ColorChecker Passport vous propose par défaut le dossier de profils partagé par Camera Raw et Lightroom.

Utilisation à partir de Lightroom

Le module ColorChecker Passport s’installe automatiquement en tant que plug-in d’exportation dans Lightroom. La commande Fichier>Exporter vous revèle de nombreuses informations relatives à la création du profil — cliquez dans le menu Paramètre prédéfini sur ColorChecker Passport pour définir le nom par défaut du profil généré (Menu Nom du profil DNG), pour apprendre comment créer un profil à deux illuminants et comment utiliser ce profil. Exportez l’image avec la commande Fichier>Exporter avec les paramètres prédefinis>ColorChecker Passport, puis spécifiez le nom du profil personnalisé. Cliquez ensuite sur Enregistrer, puis attendez la fin du processus (Lightroom affiche une barre d’avancement). Cliquez ensuite sur OK, puis redémarrez le logiciel. Lightroom permettra ensuite la sélection du nouveau profil depuis la liste du menu déroulant Profil du panneau Étalonnage de l’appareil photo.

Quid de la qualité des profils ?

Pouvoir créer ses propres profils est d’un confort appréciable, encore faut-il qu’il soient de bonne qualité. Et là, ColorChecker Passport doit rivaliser avec les excellents profils Adobe Standard, vraiment polyvalents et fidèles. Disons-le d’emblée, ColorChecker Passport ne laisse pas indifférent. Fourni dans un étui quasiment indestructible, cet ensemble de mires deviendra vitre indissociable du fourretout de nombreux photographes. Qui plus est, le logiciel est d’une simplicité d’emploi presque déconcertante. Toutefois, je suis un peu surpris des résultats, qui ne sont pas toujours meilleurs que ceux obtenus à partir du profil livré par défaut avec Photoshop et Lightroom : les images corrigées, “chatoyantes” et “flatteuses”, plaisent sans doute à un public très large, mais séduiront pas toujours les photographes les plus exigeants, à la recherche d’une correspondance des couleurs irréprochable au prix d’un rendu un peu moins flatteur. Mais il est vrai que les profils créés avec ColorChecker Passport remplissent très bien leur rôle : fournir des couleurs à la fois justes et éclatantes. Les propriétaires de plusieurs appareils photo apprécieront le fait de pouvoir harmoniser leur restitution des couleurs, même s’il s’agit d’appareils de marques ou de modèles différentes. Le logiciel est d’une facilité d’utilisation sans égal et tout se déroule rapidement et sans heurts, de quoi oublier la complexité d’une création de profils de type ICC. Bref, ColorChecker Passport fait sans doute partie des accessoires de prise de vue les plus utiles et les plus faciles à emporter. Pour seulement 100 euros, pourquoi s’en priver ?

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